Moi qui pensais avoir trouvé une idée géniale… Je déchante et je chante!

Aujourd’hui, plongé dans mes lectures, j’ai eu la grande surprise de retrouver écrite une idée qui me trottait depuis longtemps dans la tête. Mon orgueil mal placé s’en est outré alors que mon âme s’en est réjouie. En effet, je pensais cette idée mienne alors qu’un autre esprit (peut-être davantage) s’en était déjà emparé. Néanmoins, ces quelques phrases sont dignes d’intérêt et méritent d’être largement diffusées.

« Le sujet sacro-saint, ce n’est ni le sadisme, ni le racisme, ni même le pouvoir de l’audiovisuel. Le sujet tabou, ce sont les traitements et les salaires ou ce qu’on appelle plus pudiquement les rémunérations. Je prétends que le produit intérêt du travail et rémunération devrait être constant. Plus l’intérêt du travail est grand, plus faible devrait être la rémunération. A la limite, le terrassier devrait être mieux payé qu’un directeur de ministère. Un directeur de ministère (je l’ai été) fait un travail passionnant et détient une parcelle non négligeable du pouvoir. Il n’y a aucune raison pour qu’il soit mieux payé que le rédacteur qui n’a pas les mêmes satisfactions et qui a, lui aussi, une famille à nourrir et à élever. On dira qu’un homme important a des fonctions de représentation. Rien n’est plus facile que de rembourser ces frais sur pièces justificatives, au lieu de donner des indemnités forfaitaires. On dira qu’ainsi personne ne postulera plus les hauts emplois. Quelqu’un qui brigue un grand poste pour des raisons exclusivement matérielles est indigne de l’occuper. La véritable égalité n’est pas l’égalité dans l’uniformité mais l’égalité dans la différence, qui est la maxime même des cités justes. La formule de rémunération que je propose (assortie d’un impôt fortement progressif sur les fortunes) tiendrait compte des différences et compenserait les inégalités. »

in « Les choses simples – journal VIII » par Jacques de Bourbon-Busset (c) Editions Gallimard, 1980

L’idée évoquée dans cet extrait rejoint celle qui résonne quelquefois dans ma tête. En effet, comment se fait-il que la logique de nos existences semble parfois se limiter à un précepte restreint tel que « Soit tu as tout, soit tu n’as rien« .

Il me semble tellement absurde – pour reprendre l’idée énoncée ci-dessus – que certains individus, dont la vie s’agrémente d’un emploi passionnant, jouissent également de rémunérations mirobolantes alors que d’autres – une majorité – doivent, chaque jour, reprendre une tâche fastidieuse, inintéressante, abrutissante et aliénante pour un salaire de misère et pour permettre à quelques rares privilégiés de concrétiser leurs desseins. Ce principe normatif ne semble jamais être remis en question par qui que ce soit et n’occupe jamais l’avant de la scène politique ou du moindre débat citoyen.

De manière plus simpliste, cette logique peut aisément être illustrée par l’exemple d’un ouvrier d’usine qui, du matin jusqu’au soir, devra répéter inlassablement et sans broncher les mêmes gestes et qui, une fois sa journée terminée, éreinté et la tête vide, rentrera chez lui où il n’aura pas non plus l’occasion de s’enivrer de son existence (le raccourci peut sembler facile mais je ne prends pas même le temps d’extrapoler sur son statut social peu enviable ou sur le mépris dont il sera souvent la cible etc.) En revanche et en parallèle, prenons l’exemple d’un entrepreneur que la chance, les capacités intellectuelles, l’acharnement ou la passion auront amené à un poste qui stimule l’esprit, épanouit, remplit les poches et offre en plus un statut social dont il pourra se targuer si son orgueil ou son narcissisme l’y poussent. Lorsque lui rentre chez lui, non seulement il est satisfait – même si la fatigue peut également lui faire baisser les épaules – mais, en plus, il a (beaucoup) plus de moyens pour assouvir ses désirs les plus extravagants (si tant est que les désirs ne sont assouvis que par l’argent… ce que je ne crois pas mais il s’agit d’un autre débat sur lequel je ne vais pas m’attarder ici).

Bref, cette logique propre à notre nature humaine, même si elle semble toujours avoir fait régner sur le monde sa loi d’airain, me semble carrément inepte. Un individu dont le travail est passionnant devrait pouvoir se contenter de moins que celui dont les journées rappellent le mythe de Sisyphe qui, eux, par ce qu’ils endurent, devraient être récompensés pour leur pénible labeur. A moins que ces derniers, par leur supposée paresse, oisiveté, indocilité, manque de capacités ou d’adaptation, etc. seraient à jamais coupables et ne mériteraient (mais qui peut juger du mérite?) qu’une vie infâme jusqu’à leur dernier souffle?
Je pense que, nés de la même manière – nous provenons tous d’un trou noir et nous avons tous été émerveillés autant qu’effrayés en découvrant un monde que nous ne soupçonnions pas et auquel nous n’étions pas préparés – nous méritons tous de nous épanouir et de faire de notre vie une danse dont les mouvements et les pas nous mèneront tendrement vers une mort à laquelle nous n’échapperons pas.

Ornorm a.k.a. AKR


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